La question des plans

J’aime lire Patrick Lagadec au sujet de la communication des risques et de crise, mais surtout je vois sa pensée (et la manière de gérer les crises en général) évoluée sur la préparation aux urgences. Dans un de ses derniers articles (en avril 2010), il oppose les forces et les pièges des plans de crise (d’urgence).

Il met la table en affirmant que :

Aujourd’hui, tandis que le monde devient de plus en plus complexe, soumis à des turbulences croissantes – en raison, notamment, de connectivités de plus en plus denses – , le plan tend à s’imposer comme référent et gage de sécurité. C’est l’antidote à la  turbulence.
[…] Mais le plan peut aussi se transformer en piège. Le danger est tout autant de n’avoir aucun effort de planification préalable que de succomber à l’effet de fascination de l’outil.

Il poursuit son article en mettant de l’avant les forces du plan :

  • Protection (nous donne des repères pour enligner nos actions dans la crise).
  • Cohérence (réduit la confusion des responsabilités, des compétences et de l’utilisation des ressources).
  • Ancrage (nous donne des repères dans les scénarios de réponse possible).
  • Précision (permet d’analyser les points faibles de l’organisation et la dynamique de celle-ci).
  • Efficacité (permet de répondre rapidement face à l’urgence si les acteurs maîtrisent bien tous les éléments du plan).

En opposition à cela, il note un certains nombres de pièges qui devront être considérés par les organisations afin de bien ficeller leur préparation aux imprévus d’une urgence ou d’une crise :

  • Plan papier (la rédaction vient trop souvent prendre le dessus sur la réflexion – on veut le plus beau plan, bien rédigé et graphiquement attrayant).
  • Réponses codifiées (souvent ne nous permettent pas d’user de notre propre réflexion à faire face aux imprévus et aux surprises).
  •  Hypothèses erronées (trop souvent les responsables veulent « commander et contrôler » sans prendre en considération la réalité des populations ou les gens qui sont impliqués dans la crise).
  • Négation de l’imprévu (on cherche trop souvent à confirmer les hypothèses des plans plutôt que se tourner vers une zone d’inconfort qui reflète davantage l’état de la crise).
  • L’oubli du stratégique (en se réconfortant dans les prescriptions du plan, les dirigeants oublient trop souvent de prendre en main rapidement la crise et de la « piloter » avec leur équipe.

Comme le dit en terminant l’auteur, le plan doit être un « outil précieux pour les décideurs, mais ne doit pas devenir la tête de pont de la crise ».

Référence : www.patricklagadec.net